Pour la pensée libérale, la réponse semble évidente : un individu est propriétaire des revenus générés par la vente de ce qu’il a produit.
Que l’on défende ce droit de manière absolue (Léon Walras) ou qu’on le conditionne à l’efficacité du marché (Gregory Mankiw), le dogme reste le même : la récompense devrait s’aligner sur la valeur créée (Friedrich Hayek).
Le drame de notre époque est que ce dogme n’est quasiment jamais remis en question, même par les adversaires déclarés du libéralisme.
Regardons de plus près :

Les socialistes acceptent cette conception libérale, à l’exception du financement des services publics pour lequel ils revendiquent un impôt progressif.
Les communistes, s’ils rejettent la propriété privée des moyens de production, ne contestent pas l’idée fondamentale que le producteur serait le légitime propriétaire de la valeur qu’il a créée.


Les solidaristes valident également cette assertion, tant que les inégalités restent contenues.
En résumé, le spectre politique actuel se déchire sur des nuances et des exceptions, mais pas sur la propriété libérale, c’est-à-dire l’idée que la légitimité vient de la valeur produite (l’utilité apportée aux autres).
La théorie post-libérale pose une question différente : et si la propriété légitime ne devait pas dépendre de la valeur marchande créée, mais du travail utile enduré ? Il s’agirait alors de récompenser l’effort utile, pas le résultat seul.
Le raisonnement repose sur l’efficacité. Si l’intérêt général est de maximiser le bien-être moyen à long terme, les règles sociales — notamment le droit de propriété — devraient optimiser les incitations à générer du bien-être.
Or, bien que cela puisse sembler contre-intuitif, inciter à engendrer de l’utilité1 ne nécessite pas de récompenser les individus à hauteur de l’utilité qu’ils ont causée, mais plutôt à hauteur du travail utile2. En effet, si un comportement cause de l’utilité sans travail, cela signifie qu’il ne nécessite pas de récompense pour perdurer.
En considérant que les individus sont légitimes propriétaires des revenus générés par la vente de ce qu’ils produisent dans un marché libre, la propriété libérale conduit à récompenser l’utilité marginale (théorie de l’équilibre général) qui est une approximation de l’utilité que les producteurs génèrent.
Il en résulte que la propriété privée libérale n’est pas légitime en ce sens qu’elle n’optimise que partiellement les incitations à engendrer de l’utilité. Elle rémunère le résultat (l’utilité marginale) plutôt que la seule chose qui mérite incitation : la contribution en travail utile.
Notre conclusion : les individus sont légitimes propriétaires de revenus proportionnels à leur contribution en travail utile.

